Le monde signal
Des réflexions
Des articles
Parus dans la presse, sur Internet, dans la tête, à la manière d’une chose qui avance dans la lumière en gardant une ombre collée aux talons, les articles sont l’articulation lente, patiente, de la pensée dans l’espace concret du monde, espace que l’on peut toucher du doigt, dont on peut gratter la surface, un espace qui peu à peu jaunit et se froisse, et puis se retrouve et se feuillette, journal intime d’un inconnu ayant les traits de son visage.
Issus d’expériences professionnelles, terme qui porte la violence d’une sortie hors de soi, d’une pensée se détachant du corps pour prétendre exister vraiment, acquérir une existence autonome et fragile, les articles sont les modalités d’application d’un paradigme, une façon têtue de regarder le monde, une façon différente de la littérature, où le monde consent peut-être à se regarder différemment en retour.
Des réflexions
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Cet article est consacré à l'ironie athénienne du numérique. Aussi proche de Zanzibar et de John Brunner, notre futur ressemble étrangement à une Athènes antique vidée de sa substance. Entre l’égalité computationnelle absolue des réseaux sociaux et le tirage au sort devenu ciblage statistique, je vous propose une autopsie de notre démocratie : un corps politique dissous par le Monde-Signal des algorithmes, où la performance technique a définitivement remplacé la délibération citoyenne.
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1. Le projet rationaliste n'est plus valide.
2. Plus généralement, şi par être on entend un absolu, la philosophie doit renoncer au projet d'une ontologie.
3. La philosophie est un relativisme.
4. Ce relativisme est un pragmatisme, dont le but ultime est la construction d'un monde commun à l'ensemble de l'humain.
5. Loin d'être sceptique, le relativisme a pour fonction première de penser la possibilité de la science, dans son sens moderne qui n'est plus rationaliste.
6. Le concept principal sur lequel s'appuie le relativisme est celui d'information.
7. L'information classique ne peut être le concept fondamental d'information.
8. Le concept d'information primordial, dans l'état actuel des connaissances, est le concept d'information quantique.
9. L'information classique, dont le concept est formulé dans la théorie de la communalisation de Shannon, n'est qu'un concept mathématique statistique.
10. La théorie de l'information de Shannon doit être complétée par une théorie algorithmique de l'information, une théorie de l'émergence et une théorie sémantique.
11. La réalité objective est relative, plurielle et discontinue, ce qui implique non-linéarité et imprévisibilité.
12. Le savoir humain est discontinu, ce qui implique la pluralité irréductible des disciplines.
13. Le réductionnisme n'a qu'une validité méthodologique limitée, pour délimiter un champ de recherche homogène.
14. Les niveaux de réalité et les niveaux de savoir sont organisés en niveaux de complexité émergente.
15. La réalité physique effective émerge de la non- effectivité quantique, laquelle est une théorie des possibilités qui ne prend sens que par rapport à l'effectivité physique.
16. Une théorie du savoir est un cercle sans fondement.
17. Une multiplicité de théories du savoir concurrentes sont possibles. Mais toutes ne se valent pas d'un point de vue pragmatique.
18. Toute hiérarchie pragmatique est relative et évolutive.
Alain SEGUY-DUCLOT, La réalité physique
Des articles
L’Économiste - Chronique de l’IA
L’IA, le philosophe et le fantôme de la machine
8 octobre 2025
L’Intelligence Artificielle est un miroir déformant qui révèle les angles morts de l’humain contemporain. Notre fascination pour ce cerveau de silicium expose notre atrophie: disparition de l’ennui créatif, solitude à combler plutôt qu’à habiter, liens connectés sans présence. L’enjeu n’est pas de savoir si une machine écrira un poème, mais si nous saurons encore douter. Car elle ne simulera jamais l’expérience vécue, la fragilité, fondement de notre humanité. Qui devenons-nous avec elle ? A travers cette nouvelle rubrique «Chronique de l’IA», il s’agit d’explorer comment l’intelligence artificielle, loin de générer la vérité, construit des narrations qui peuvent nous soustraire à l’effort de la réflexion critique.
https://www.leconomiste.com/lia-le-philosophe-et-le-fantome-dans-la-machine/
Mon GPS fait de la poésie, l’IA et la machine à raconter
29 octobre 2025
Imaginez que votre GPS se mette soudain à vous raconter l'épopée quasi homérique de votre trajet du matin, et vous comprendrez que nous avons construit des machines structurellement incapables de silence, qui ne peuvent littéralement pas s'empêcher de transformer le moindre fait brut en histoire. Voici notre atrophie existentielle, notre besoin compulsif, névrotique, même, de tout transformer en récit consommable. Nous, humains gavés de fictions algorithmiques, savons-vous encore garder le silence, dissocier le dicible du montrer comme le suggérait Wittgenstein ?
https://www.leconomiste.com/mon-gps-fait-de-la-poesie-lia-et-la-machine-a-raconter/
Exploration de la place de l’humain à l’ère de l’employé algorithmique
19 novembre 2025
L'employé algorithmique a un certain lustre, presque utopique, une jolie fiction marketing où nous l'accueillons avec bonheur lui qui s'occupe des corvées pendant que nous ne sommes plus que Créativité et de Pensée Critique.
Sauf que.
Fragmentation radicale du travail, Taylorisme 2.0 sous stéroïdes, amplifient la surveillance, l'anxiété et une paranoïa singulièrement moderne.
Retour au réel.
https://www.leconomiste.com/exploration-de-la-place-de-lhumain-a-lere-de-lemploye-algorithmique/
Le perroquet et le mille-feuille, notes sur ce que l’IA ne sait pas faire
10 décembre 2025
Le paradoxe de Salieri : l'art d'être statistiquement créatif. L'intelligence artificielle serait Mozart selon les prophètes en havaianas. Zena Assi pend des tongs aux lampadaires après le bombardement de Beyrouth, y ajoute un smiley jaune et rend beau le chaos. Statistiquement improbable. L'IA fait une moyenne, lisse le trait et produit un ourse jaune en tongs. Neutre. La moyenne est-elle un art ? La médiocrité l'excellence ? Si Altman le pense, l'histoire rend grâce à Mozart et Salieri s'efface. Et l'IA ?
https://www.leconomiste.com/le-perroquet-et-le-millefeuille-notes-sur-ce-que-lia-ne-sait-pas-faire/
La machine omnisciente à parler l’universel avec un accent anglais
31 décembre 2025
Des machines imitent l’intelligence humaine, une intelligence relative, elles ont appris à parler l’universel avec un accent anglais; l’intelligence artificielle est conçue comme un outil polyglotte qui agit comme un agent d’uniformisation culturelle : américaine, panique, imaginez un petit Trump ou Musk en chacun de nous. Terreur. En se nourrissant quasi exclusivement d’un corpus de données anglo-saxon, l’IA absorbe et régurgite une vision du monde spécifique, lissant la diversité linguistique et conceptuelle. Une arme culturelle. Alors, demandez à ChatGPT de proposer un plan d'action managérial pour une entreprise marocaine et vous aurez un clone de Meta, bien loin de la philosophie d’Al-Fārābī; un problème technique et structurel, et si la voie vers une IA plurielle est une ambition, elle doit cultiver une multiplicité de biais assumés et transparents, paradigme que les américains ont quelques difficultés à adopter...
https://www.leconomiste.com/la-machine-omnisciente-a-parler-luniversel-avec-un-accent-anglais/
Le silence bizarre dans le tram de 8h17, l’IA, la société et l’algorithme
15 octobre 2025
Vous êtes là, 8h17, assis dans le tram, un mercredi matin comme tous les autres mercredis matins, et vous remarquez le silence, non pas un silence contemplatif ou de paix intérieure, queneni, un silence actif, presque bruyant, rempli par le mouvement frénétique de votre pouce, de tous les pouces autour, sur des rectangles lumineux, une scène trop banale pour être notée, révélatrice d'une société où l'ennui a été éradiqué par des algorithmes qui, sous couvert de "connection", nous téléporte dans une solitude partagée, un ailleurs permanent où l'on ne rencontre plus l'autre, mais une version de l'autre filtrée, optimisée, et finalement, déshumanisée.
L'article de cette semaine de la Chronique de l'IA de L'Economiste, "Le silence bizarre dans le tram de 8h17, l’IA, la société, et l’algorithme", aborde la sociologie de l'IA.
https://www.leconomiste.com/le-silence-bizarre-dans-le-tram-de-8h17-lia-la-societe-et-lalgorithme/
Connaissez-vous le goût d’une fraise synthétique, l’IA le sait pour vous
5 novembre 2025
La proposition vaguement troublante qu'une IA puisse en quelque sorte connaître le goût d'une fraise synthétique, un concept à la fois absurde et, d'une manière profondément moderne, entièrement plausible, devient ici une curiosité computationnelle, un truc banal fantastiquement quotidien. En termes IA on parle d'hallucination et c'est précisément là le hic, car c'est à cette hallucination que nous demandons de nous apprendre le monde... Il y a un nœud, de quoi avoir un mal de tête historique.
https://www.leconomiste.com/connaissez-vous-le-gout-dune-fraise-synthetique-lia-le-sait-pour-vous/
Je suis passé de 2 à 4 ressources en 1 clic, j’ai embauché 2 Mistral AI
26 novembre 2025
Passer de deux à quatre collaborateurs en un clic, avec 2 nouveaux salariés MISTRAL AI qui en font 4 chacun, c'est l'expérience relatée dans la chronique de l'IA de la semaine, consacrée à la fonction managériale. L'IA est un agent d'horizontalisation qui pulvérise les structures hiérarchiques traditionnelles et force à repenser la valeur du travail humain entre la promesse d'une autonomie accrue pour les collaborateurs et la réalité d'une requalification perpétuelle, le manager doit abandonner son rôle de contrôleur pour devenir un architecte d'écosystèmes créatifs.
https://www.leconomiste.com/je-suis-passe-de-2-a-4-ressources-en-1-clic-jai-embauche-2-mistral-ai/
Le tonneau, la pensée, et la machine à Pinocchio
17 décembre 2025
Diogène vous regarde depuis son tonneau, plus question de soleil, il cherche en vous ce qui est pensé. Il est dubitatif. L'intelligence artificielle est la brique supplémentaire dans la quête philosophique millénaire pour systématiser la pensée, avant la brique suivante. Diogène se gratte le menton. De l'algorithme d'Euclide au Transformer de Google, il observe l'ambition humaine de déléguer la raison à la machine. Il remue la tête de haut en bas, la bouche un U inversé. Il interroge les Pinocchios modernes, ces IA capables de toutes les prouesses. L'IA ne comprend pas le tonneau. Diogène se gratte le front.
https://www.leconomiste.com/le-tonneau-la-pensee-et-la-machine-a-pinocchio/
L’archipel des silicium-surfeurs: De la course à la latence à la guerre du calcul
07 janvier 2026
Imaginez une plage. Mais au lieu de sable, des serveurs empilés à perte de vue ; au lieu de vagues, des flux de données en crêtes, une houle de 2 mètres. Et sur les crêtes, les surfeurs en combinaison seraient des algorithmes affamés de nanosecondes, en forme de pacman. Bienvenu dans notre monde. C’est le récit réel, presque trop absurde pour être vrai, d’une économie où le pouvoir ne se niche plus dans l’idée, mais dans le tuyau, dans le câble, dans le méga-watt dévoré. Bienvenue dans l’archipel des silicium-surfeurs, où l’humain regarde la machine tracer les nouvelles frontières du possible et de l’absurde.
Mon stagiaire algorithmique est infiniment compétent, il fait du personal branding
22 octobre 2025
Alors voilà le truc : pendant que vous demandez poliment à Mistral de reformuler votre e-mail professionnel, vos neurones, vos fidèles petits soldats synaptiques qui vous servent loyalement depuis aussi longtemps que vous vous souvenez, se parlent de moins en moins. La faute à qui ? Un satané stagiaire algorithmique. Des chercheurs du MIT ont même mesuré la dette cognitive, c'est dire l'ampleur du truc. L'enjeu : la préservation de cette capacité chaotique et faillible qu'on appelle encore parfois, hésitant, l'humanité.
https://www.leconomiste.com/mon-stagiaire-algorithmique-est-infiniment-competent-il-fait-du-personal-branding/
Demandez à une IA ce qu’est vraiment un chat ou vous trouverez un puzzle interminable
12 novembre 2025
Allez-y. Vraiment. Demandez à une IA ce qu'est un chat. Vous obtiendrez une réponse, et vite, une synthèse statistiquement impeccable de tout ce qui a jamais été écrit sur le chat, un nuage de probabilités parfait associant moustaches, griffes et "tendance ontologique à ignorer son propriétaire".
Sauf que.
Vous découvrirez (oh, surprise) qu'elle n'a pas la moindre idée de ce qu'est l'expérience d'un chat. Elle est prisonnière d'une cage mathématique qui interdit toute forme d'auto-réflexion authentique.
Alors, le vrai scandale n'est pas que l'IA ne comprenne rien, le scandale, c'est nous, nous avons construit des outils euclidiens (logiques, plats, axiomatiques, propres) quand l'univers lui-même est irréductiblement, salement, glorieusement non-euclidien, la réalité, c'est courbe, c'est paradoxal, c'est rempli de trucs intraduisibles.
https://www.leconomiste.com/demandez-a-une-ia-ce-quest-vraiment-un-chat-ou-vous-trouverez-un-puzzle-interminable/
Rendez-vous chez le dr IA, orthophoniste, pour une épistémologie du prompt.
3 décembre 2025
Alors vous dites bonjour, s'il te plaît, merci, au revoir à une machine probabiliste, vous êtes bercés d'illusions anthropomorphiques. Faites du Tao Lin, un prompt de code informatique dénué d'affect. Une rigueur, de l'efficacité technique, une reprogrammation de votre pensée pour qu'elle devienne aussi logique et univoque qu'un algorithme.
La perturbation identitaire du manager à l’ère de l’IA : Guide de voyage dans le nouveau leadership
24 décembre 2025
L'avènement de l'intelligence artificielle, loin d'être une simple mise à jour technologique, est un révélateur du rôle du leader, il est dépossédé de ses certitudes et forcé à l'introspection, qualité rare chez le leader. Radical. En automatisant et optimisant la décision, l'IA confronte le manager à son vide, à l'angoisse de l'inutilité, le préambule de la « folie privée » théorisée par André Green. Une perturbation identitaire à la fois douloureuse et transformatrice qui redéfinit le leadership. Le manager n'est plus rationnel, il est irrationnel, il capte l'émergent, le non-optimisable, il ne donne plus des réponses, mais il pose les questions qu'ignorent la machine, il catalyse l'innovation dans un monde informations. Tout ce qu'on n'apprend ni dans les écoles de commerce ni dans les écoles d'ingénieur.
La grande frousse algorithmique, Avicenne nous apprend à ne pas paniquer
14 janvier 2026
Remplacez la peur très tendance millénariste ou du grand remplacement (selon le bord de l'Atlantique) par celle de l’IA : des serveurs jouant des trompettes de l’Apocalypse, du code pour sauterelles bibliques, des prophètes en Stan Smith ; derrière la panique eschatologique vous trouverez un vieux réflexe humain : le besoin irrépressible de croire à la fin du monde, et un un remède datant du IXème siècle : 4 principes édictés par Ibn Sina (Avicenne pour les occidentaux).
https://www.leconomiste.com/la-grande-frousse-algorithmique-avicenne-nous-apprend-a-ne-pas-paniquer/