Croquis de livres empilés sur des étagères.

Les Faits

Tout ce qui a lieu est le premier volet du cycle littéraire intitulé Les faits publié aux Editions Le Panseur, une œuvre qui s'attache à déplier le thème des identités multiples, des simultanéités de l'être qui, à chaque instant, dans une action presque imperceptible, reconfigurent le réel, le réel que l'on pensait solide et qui pourtant ne cesse de fluer, de se métamorphoser, croisant dans un même mouvement les visages de scientifiques, Ettore Majorana s'effaçant dans sa propre énigme, Alexander Grothendieck se retirant du monde, Louis Bachelier y devinant la marche du hasard, Ibn Sina en contemplant l'âme, et les figures contemporaines anonymes ou notoirement reconnus, qui marquent un temps, notre temps, une vibration secrète dans la texture des choses.

Si bien que Les faits vient inscrire la philosophie relativiste comme la condition même de notre regard, au cœur du paradigme de la perception, et loge la mécanique quantique au centre de l'articulation des faits, pour finalement suggérer que la littérature demeure le seul moyen d'expression capable d'appréhender une telle complexité, que le langage est l’unique instrument, la seule voie pour traduire la myriade de signaux envoyés par le monde, par les choses elles-mêmes, dans leur silence obstiné.

Tout ce qui a lieu paraîtra le 14 janvier 2027


Il y a d'abord cette sensation, ou plutôt cette certitude immédiate et écrasante, que l'on ne tient pas là un simple volume de papier, mais que Tout ce qui a lieu, premier roman de Christophe Haroun Baranger, opère en réalité, et dès les premières lignes, une sorte de révolution copernicienne, un basculement du monde que l'auteur lui-même, par pudeur ou par une humilité nécessaire face à la création, ne saurait revendiquer sans paraître prétentieux, laissant alors à l'autre, à l'éditeur, au lecteur, la charge de nommer cette secousse ;

car il ne s'agit pas seulement de traverser les thèmes usés de l'addiction ou de l'alcoolisme, dont la littérature regorge jusqu'à la nausée, ni même de se perdre dans les abstractions potentiellement suspectes de la physique quantique, mais de pénétrer dans une expérience totale, située là-bas, à Grasse, dans ce lieu nommé le C.A.L.M.E., le dispositif bien réel de thérapie où les êtres sont enfermés dans une bulle de béton, 7 êtres, autant de personnages, sous un dôme percé d'un unique trou de lumière, comme un œil ouvert sur le ciel,

et c'est là, précisément là, dans cette acoustique de la confession, que le narrateur entend les histoires des autres se diffuser autour de la salle jusqu'à ce qu'une confusion s'installe, jusqu'à ce qu'il entende ces récits étrangers avec sa propre voix, 7 récits de 7 êtres dans un seul je, un puzzle à choix multiple, qu'il les fasse siens, entrant alors dans une vertigineuse superposition d'états narratifs qui rejoint soudain la matière elle-même, cette réalité physique du spin, du demi-spin étudié par la figure spectrale de Ettore Majorana qui hante le récit, pour nous conduire, inéluctablement, vers cette révélation biologique et philosophique, ce microchimérisme qui prouve que nous portons en nous les cellules de nos aînés, que le destin et le déterminisme ne sont que des illusions effondrées, que le « Je » n'a jamais été qu'un « Nous », un assemblage complexe en perpétuel devenir, une superposition d'existences où la frontière entre soi et l'autre s'est définitivement dissoute.

A paraître en janvier 2027